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Une rue grecque de 2 500 ans continue de couper Naples en deux

Naples

Une rue grecque de 2 500 ans continue de couper Naples en deux

Avant Naples exista Palépolis, une cité grecque voisine : Spaccanapoli en est l'avenue principale, et c'est pour cela qu'elle continue de couper le centre en deux.

La ville qui a précédé Naples

À la fin du VIIIe siècle av. J.-C., des colons venus de Cumes — la plus ancienne colonie grecque du continent italien — s'installèrent sur la colline de Pizzofalcone, près de l'îlot où s'élève aujourd'hui le Castel dell'Ovo, et fondèrent un établissement qu'ils appelèrent Parthénope, du nom de la sirène que la légende disait échouée sur ce même rivage. Des générations plus tard, un autre groupe de colons grecs fonda, juste à côté, une seconde ville plus grande et mieux planifiée : ils l'appelèrent Néapolis, « ville nouvelle ». Pour la distinguer de la première, l'établissement d'origine se mit à être connu sous le nom de Palépolis (Παλαιόπολις), « vieille ville ». Pendant des décennies, les deux coexistèrent à faible distance l'une de l'autre, jusqu'à ce que Rome annexe la plus ancienne et que seule Néapolis continue de croître.

Néapolis, le nom qui n'a pas changé depuis 2 500 ans

Néapolis n'a pas grandi au hasard. Ses fondateurs tracèrent une grille régulière de rues : trois grandes avenues parallèles — les plateiai — croisées à angle droit par vingt et une autres rues plus étroites, les stenopoi. Cette planification géométrique, des siècles avant les règles urbanistiques qu'on attribuera plus tard à Hippodamos de Milet, marque encore aujourd'hui le plan du centre historique. Et le nom ne s'est pas perdu non plus : « Néapolis » est passé au latin sous la forme « Neapolis », de là à l'italien « Napoli » et au français « Naples », sans autre changement que l'usure normale de quelque 2 500 ans d'usage ininterrompu.

Une avenue grecque qui n'a jamais cessé d'être une rue

De ces trois plateiai d'origine, la plus méridionale est celle que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Spaccanapoli, pointant en ligne droite vers la colline où s'élève le Castel Sant'Elmo. Les Romains l'intégrèrent sans y toucher dans leur propre tracé urbain, et la ville médiévale puis baroque a simplement construit par-dessus, façade après façade, sans redresser le moindre tronçon. C'est pourquoi, debout à une extrémité, on distingue l'autre bout sans que le regard ne bute sur une seule courbe : ce n'est pas une rue pensée pour paraître droite, c'est une rue qui n'a jamais cessé d'être la même ligne que des arpenteurs grecs ont tracée il y a 2 500 ans.

Quand Rome a conquis la ville sans presque rien changer

En 326 av. J.-C., Rome mit fin à l'indépendance de Palépolis-Néapolis à l'issue de la guerre contre les Samnites. Mais, contrairement à d'autres conquêtes, elle n'imposa ni sa langue ni ses coutumes : elle fit de la ville une civitas foederata, une alliée dotée de son propre statut, et Naples continua de parler grec et de célébrer des compétitions athlétiques et musicales à la mode hellène pendant des siècles, déjà sous domination romaine. L'empereur Néron lui-même choisit Naples, et non Rome, pour ses débuts publics en tant que chanteur, convaincu — selon les chroniqueurs romains de l'époque — qu'un public de racines grecques saurait mieux apprécier sa prestation qu'un public romain.

Trois strates sous l'asphalte : carrière, aqueduc et abri

Le sous-sol de Naples est tout aussi stratifié que ses rues. Les Grecs commencèrent à creuser le tuf volcanique sous Néapolis pour en extraire les blocs qui servirent à élever murailles et temples, laissant derrière eux des centaines de galeries vides. Les Romains les agrandirent et les relièrent jusqu'à en faire l'aqueduc della Bolla, le réseau de citernes et de canaux qui approvisionna la ville en eau potable jusqu'au XIXe siècle. Il cessa de fonctionner en 1884, quand le royaume d'Italie ordonna sa fermeture définitive : une épidémie de choléra survenue l'année précédente avait montré que les eaux usées s'infiltraient à travers le tuf poreux et contaminaient l'eau que buvait la ville. Pendant près de soixante ans, ces tunnels ne furent plus qu'une décharge clandestine, jusqu'à ce qu'en 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, les autorités italiennes les récupèrent à nouveau : elles y creusèrent des escaliers d'accès et les aménagèrent en abri antiaérien, jusqu'à 40 mètres sous terre, pour les Napolitains fuyant les bombardements alliés.

Toute cette superposition de strates — Palépolis sous Néapolis, le decumanus romain sous la rue baroque, la carrière grecque sous l'aqueduc sous l'abri de guerre — se parcourt à pied, en environ deux heures, avec La lame de Spaccanapoli : la manière la plus directe de sentir, rue après rue, pourquoi Naples n'a jamais cessé d'avoir 2 500 ans.