Toulouse
Pourquoi Toulouse est surnommée la Ville Rose
La brique rose de Toulouse n'a jamais été un choix esthétique : la vallée de la Garonne n'a pas de carrières de pierre, et ce rose n'apparaît qu'au crépuscule.
Une ville sans pierre
Toulouse s'est construite en brique pour une raison qui n'a rien à voir avec le goût : il n'y avait pas d'autre choix. Le bassin de la Garonne, où se trouve la ville, est dépourvu de carrières de pierre calcaire ; la plus proche se trouve à plus de 70 km, dans les contreforts des Pyrénées, et l'acheminer jusqu'ici exigeait de la faire descendre en radeaux sur la Garonne ou l'Ariège, ou, à partir de la fin du XVIIe siècle, par le canal du Midi. Résultat : la pierre devint un luxe, réservée aux linteaux, aux corniches et à quelques détails ponctuels, tandis que la terre du fleuve lui-même, abondante et gratuite, devenait le matériau de tout le reste. Les Romains exploitaient déjà cette argile alluviale au Ier siècle av. J.-C. pour fabriquer une brique cuite aux dimensions standardisées : la recette de Toulouse a deux mille ans.
Un rose qui dépend de l'heure
Le surnom Ville Rose ne décrit pas la couleur de la brique, mais un effet de lumière bien précis. À midi, cette même brique paraît surtout rougeâtre, presque terre cuite ; le vrai rose, l'intense, n'apparaît qu'au crépuscule, quand le soleil descend à angle bas depuis l'ouest et frappe les façades en rasant : c'est alors qu'elles s'embrasent d'un rose doré et chaud, un phénomène tout aussi climatique qu'architectural. Les briques elles-mêmes ne sont pas toutes identiques : une cuisson plus douce donne des teintes claires, presque saumon, et une cuisson plus forte les assombrit vers le rouge brun. Le point de vue classique pour l'observer est le Pont Neuf, en regardant vers le Quai de la Daurade, juste quand le soleil commence à tomber sur le fleuve.
Un comté presque aussi grand qu'un royaume
Avant d'être une ville française comme les autres, Toulouse fut la capitale d'un État de poids. Au début du XIIIe siècle, sous le comte Raymond VI, le comté de Toulouse ne se limitait pas à la ville : il englobait le Rouergue, le Quercy, le duché de Narbonne et les marquisats de Gothie et de Provence, un territoire dont l'étendue rivalisait avec le domaine direct du roi de France lui-même. Le comte rendait hommage formel à la couronne, mais gouvernait, rendait la justice et faisait la guerre pour son propre compte : la dépendance était, avant tout, nominale.
La croisade qui a mis fin à l'indépendance
Cette autonomie prit fin pour une question de foi. La région toulousaine était le cœur du catharisme, une hérésie chrétienne que l'Église de Rome voulut éradiquer à tout prix : en 1209, le pape Innocent III proclama une croisade, et pendant vingt ans une armée de nobles du nord de la France, d'abord sous le commandement de Simon de Montfort, ravagea le Languedoc village après village. Ce ne fut pas seulement une guerre religieuse : ce fut aussi la manière dont la couronne française finit par faire entrer, de force, tout le sud du pays sous son autorité directe.
Un mariage scelle l'annexion
La guerre se conclut à une table, pas sur un champ de bataille. Le 12 avril 1229, dans le traité de Meaux-Paris, le comte Raymond VII se réconcilia avec le jeune roi Louis IX et accepta de marier Jeanne, sa fille unique et héritière, à Alphonse de Poitiers, frère du roi. Le mariage resta sans enfant, si bien qu'à la mort d'Alphonse, en 1271, le comté revint intégralement à la couronne : quarante-deux ans après ce traité, Toulouse cessa d'être la capitale de quoi que ce soit d'autre que la France.
Tout cela — l'argile qui a remplacé la pierre, le rose qui n'apparaît qu'à la lumière rasante, le comté qui a perdu le bras de fer face à Paris — est toujours là, sur les façades du centre historique. La croix de la Ville Rose traverse cette même zone à pied, de la place qui a hérité du gouvernement de la ville jusqu'à la plus grande basilique romane d'Europe, et s'attarde sur la brique avec le temps qu'un panneau touristique ne donne jamais.